Heavy Guitars : Structural damage / Thorgen
: Heretic
(Brennus)
Heavy Guitars : Structural damage
Voici deux albums "de genre", l’un assez abordable
et l’autre très typé, mais qui ont au moins un point
commun: si vous n’aimez pas la guitare saturée, vous aurez
sans doute autant de mal à vous y accrocher qu’un fou à
son pinceau. Encore que le duo Electric Guitars, qui verse dans
l’instrumental, possède assez de variété (non,
pas de "variétés") pour pousser ceux qui
n’y voient qu’un exercice masturbatoire à réviser
leur jugement.
On y trouve une palette qui va des ambiances émotionnelles
au heavy-speed, et du progressif au néo-classique, avec même
quelques secondes hispani/orientali-santes. Cet album fait donc
oublier très vite cette pensée qui, je suis sûr
que vous l’avouerez sans que j’ai besoin d’appeler à la rescousse
Patrice Alègre, nous traverse tous au moment de poser un
cd d’instrumental dans le lecteur : "Pourvu que l’on ne se
fasse pas chier!"
Pas de démonstrations inutiles ici, même si on a
parfois en tête cette lyrique sentence des Ludwig Von 88 (rien
à voir musicalement!): "Que de notes pour si peu de
doigts!" Les parties de claviers sont discrètes mais
efficaces. Sans prendre le pas sur les guitares, elles donnent de
la substance au panorama et évitent la sécheresse
de la formule de base guitare-basse-batterie.
Dans l’ensemble, on reste, à mon avis, plus proche de
Steve Vai ou de Patrick Rondat que d’Yngwie "passe-ton-Vivaldi-d’abord"
Malmsteen. Mais une fois encore, cela change rapidement et à
la douce brise succède souvent la claque dans la tronche.
Tandis que l’un assure une rythmique qui a des envies de se dérouiller
les guiboles, l’autre part à la chasse au solo. Avec presque
toujours assez de mélodie pour que l’on ait envie de les
accompagner.
On ne trouvera pas ici de titres à rallonge ou tubesques,
mais deux ou trois réellement très accrocheurs (tels
le sixième plutôt néoclassique et son petit
pompage pour la bonne bouche, si j’ose dire, ou le huitième
et son riff stoner), huit ou neuf vraiment intéressants (ceci
n’est évidemment pas un jugement de valeur intrinsèque,
juste une appréciation personnelle) et deux plus dispensables
-les deux derniers.
On sent que Richard Roncarolo (passé par Off Limits, Blizzard
et RAS Project) et Cyril Lepizzera (Anasthasia, David Hernandez)
se sont fait plaisir. Ils le rappellent d’ailleurs sur la pochette,
en nous souhaitant d’en prendre autant. Bref, un album pas prétentieux
mais qui, bien dosé et équilibré, peut afficher
des prétentions.
Thorgen : vingt ans déjà…
Une prétention que n’a sans doute pas Thorgen, c’est d’avoir
inventé le fil à couper l’eau tiède. Primo
parce que ça ne servirait à rien; deuxio parce que
l’innovation, c’est bien beau, mais que les traditions, ça
a du bon (quand on n'y accole pas le folklore de pacotille, les
gâchettes médocaines et le fumier nationalisto-fascho).
Autant vous le dire, je ne crois pas un traître mot de
la bio. On veut nous faire avaler que Thorgen s’est formé
fin 1999. Imposture! La vérité est celle-ci: Thorgen
a été cryogénisé en 1985.
Et puis en ce début d’année 2003, pas de bol, le
label Brennus est victime d’une coupure de courant prolongée.
Il faut vider entièrement le congélateur. En arrivant
au fond, voilà que l’employé chargé de la besogne
se frappe le front et s’écrie : "Merde! Les Thorgen!
On les avait oublié ceux-là." Mais déjà
le groupe s’est remis à bouger, car l’énergie sacrée
du hard-rock français, qui connut son apogée il y
a 20 ans, n’a cessé de couler dans leurs veines. A preuve,
c’est Yves Malézieux, gratteux d’ADX, qui a fait œuvre d’entremetteuse
lors de la formation du groupe, qui compte trois ex-Keops dans ses
rangs.
Le chant, comme il se doit, est assez criard pour se demander
si King Diamond n’aurait pas chopé une bronchite, forcé,
genre crooner satiné viré mauvais garçon. Derrière,
on connaît la partition sur le bout des doigts. On ne meurt
donc pas sur place foudroyé par un éclair d’originalité.
"Idées noires" est un des meilleurs titres avec
l’intervention d’un violon (on peut avoir une veste à patchs
et des sentiments, non?).
Au crédit du groupe, on portera que jouer ce hard aujourd’hui
(très grosso modo: entre AC/DC sans blues, et Iron Maiden
première période) prouve son intégrité
et sa sincérité. C’est un album de potes qui ne sont
pas là pour la thune ou pour coller aux modes- ce qui est
de toute façon la plus sûre façon de faire de
la daube.
Pour ceux qui n’ont strictement aucune idée de ce à
quoi peut ressembler le Thorgen d’aujourd’hui et le hard français
d’il y a vingt ans, mais qui avaient déjà deux oreilles
à l’époque, je vais tenter, tout de suite, sous vos
yeux, et sans supplément, le premier tour de magie jamais
réalisé sur le web! Abracadabra! Et soudain va apparaître
dans votre cerveau, mieux qu’un lapin dans un chapeau de la reine
d’Angleterre, mieux qu’une colombe dans la salle de conférence
du Pentagone… un slow ! Oui, un slow, que vous dansâtes peut-être
à l’âge où vous regardiez encore le Top 50 allongé(e)
sur votre lit à petits clous
"Lover why", ça vous dit quelque chose. Non?
Le groupe Century? Non plus? Bon, ben mon tour est foiré.
Si jamais ça vous revient: vous leur tirez une décharge
de gros sel dans les fesses, leur mettez un suppositoire de Trust
entre icelles (mais si, Trust, "Antisocial", ne me faites
pas croire que ça ne vous dit rien!) et vous remplacez "Lover
why" par "Serial-killer why" Très, très
grosso modo.
Bref, cet album est certes un peu répétitif, musicalement
nostalgique, mais sans maquillage ni déodorant longue durée.
Le son n’est pas toujours à la hauteur, comme sur le dernier
titre, victime d’un sale bourdonnement dans les basses. Peut-être
est-ce pour faire encore plus vintage? Ce que suggère même
la durée: 38 mn, comme au bon vieux temps du vinyle. Mais?
Mais c’est bien sûr! Non seulement Thorgen a été
cryogénisé en 1985 et en plus, ce que j’ai mis dans
mon lecteur, ça a les reflets d’un cd, la taille d’un cd,
la pochette d’un cd mais… c’est un vinyle!
Sites officiels :
http://heavyguitars.free.fr
http://thorgen.free.fr