Comédies musicales : looking for Broadway
?…
C’est le Notre-Dame de Paris de Richard Cocciante
et Luc Plamondon qui a mis le feu aux poudres : tactique commerciale
très étudiée (sortie des singles et de l’album
du spectacle presqu’un an avant la première, utilisation
de la voix et de l’image de Noa qui n’endossera finalement pas le
costume d’Esméralda…), recours à de nouveaux talents
prometteurs (Patrick Fiori, Garou…) comme à des artistes
plus chevronnés (Daniel Lavoie, Hélène Ségara…),
promotion - pour ne pas dire matraquage - conséquente… Bref
: tout cela pour arriver à une réussite égale
sinon supérieure à celle de Starmania.
Il n’en fallait pas plus pour stimuler l’imagination et
la créativité des "auteurs-compositeurs-producteurs-metteurs
en scène" de la scène française, qui se
dirent - à juste titre - qu’il aurait été dommage
de ne pas profiter de la vague… C’est pourquoi, pour la seule année
1999, nous avons vu fleurir plus de spectacles musicaux francophones
que pour les quinze ou vingt dernières années ! Pour
ne citer que les plus grosses productions : Les Dix Commandements,
Roméo et Juliette - de la Haine à l’Amour, Les Mille
et Une Vies d’Ali Baba.
Et toutes ces comédies musicales ont repris
peu ou prou la même recette de campagne marketing et de fidélisation
du public que Notre-Dame de Paris. Si Les Dix Commandements (Obispo/Florence/Guirao,
Élie Chouraqui) et Ali Baba (Aboulker/Chatel/Doll/Lanty)
sont d’ores et déjà visibles sur scène, il
faudra attendre le 19 janvier 2001 pour apprécier la valeur
scénique de Roméo & Juliette (Gérard Presgurvic,
Petrika Ionesco, Rhéda). Et des projets abondent qui ne tarderont
pas à s’imposer sur nos ondes et sur nos scènes :
un exemple - un peu différent cependant : Verdi, une passion,
un destin (Alain Duault), à tendance plus clairement lyrique.
Mais deux choses semblent pourtant choquantes lorsque
l’on considère avec un peu plus de recul le phénomène
culturel des spectacles musicaux : la première tient à
la nature même du concept. Quand Gérard Presgurvic,
le comparse de Patrick Bruel et l’auteur-compositeur de Roméo
& Juliette, dit : « Aujourd'hui, il n'y a pas de raison
pour que ne naisse pas dans ce pays une vraie culture de la comédie
musicale », il est clair que personne ne peut le contredire
ou contester au public français son droit à ce genre
artistique. Mais si l’on analyse ce qu’est actuellement une comédie
musicale en France, on se rend compte qu’avec cette stratégie
commerciale qui consiste à "prévendre" par
ondes radio et CD interposés, on n’a en réalité
à faire qu’à ce qui pourrait s’appeler des "super-concerts",
ni plus ni moins : si l’on imaginait distribuer les bandes-son des
films avant leur sortie en disant « Écoutez comme c’est
bien, imprégnez vous, et venez voir le "vrai" résultat
en salle parce qu’avec l’image c’est encore mieux », on aurait
plus vraiment affaire à des films, mais à des feuilletons
radio mis en scène…
Le second problème tient à ce que tout
se fait précipitamment, trop précipitamment ! En "pondant"
sur un an trois ou quatre spectacles destinés, il ne faut
pas l’oublier, à un public pour qui "comédie
musicale" rime avec "exceptionnel" (dans le sens
"peu ordinaire"), les créateurs brûlent la
chandelle par les deux bouts ; ils jouent avec l’engouement du public,
qui à ce rythme-là finira tôt ou tard par se
lasser…
Quid alors de la « vraie culture de la comédie
musicale » ? « Ça n’aura été qu’un
"feu de paille de super-concerts" », peut-on craindre
d’entendre dire les critiques et autres sociologues d’ici quelques
années, si la veine se tarit. Pour le nouveau siècle
et, pour le coup, le nouveau millénaire qui s’ouvriront le
1er janvier 2001 à minuit, il est à souhaiter que
les "auteurs-compositeurs-producteurs-metteurs en scène"
français redresseront la barre et tempéreront leurs
ardeurs : Broadway ne s’est pas faite en un jour…
Jean-Marc . F