Chimaira : The impossibility of reason (Roadrunner)
Amb est heureux de vous présenter sa toute nouvelle
rubrique bricolage. Aujourd’hui: comment trouer un mur sans perceuse.
Prenez d’abord un cd de métal et vérifiez qu’il a
été mixé ou produit par Colin Richardson. Disposez
une enceinte de votre chaîne face au mur à percer.
Puis, devant le haut-parleur, placer un projectile, de la taille
du trou à pratiquer. Ainsi, pour tailler une porte, vous
vous mettrez vous-même en position. Enfin, lancez le cd. Pas
besoin de poussez le son à fond. Au premier riff de guitare,
vous (ou le projectile) serez catapulté à travers
le mur. Attention toutefois, cette méthode est peu recommandée
si vous habitez en étage donnant sur rue, surtout s’il s’agit
de percer une porte.
Quel rapport avec Chimaira? Justement, l’album de ce sextet de
power-métal a été mixé par Richardson.
Et ça s’entend. Carbonisation des conduits auditifs garantie
dès le premier titre. Les fans de Machine Head (dont le premier
album fut produit par Rick Rubin. Non, je déconne : par Colin
Richardson) et autres Pantera se sentiront comme chez eux.
Chimaira a même un côté hardcore, voire limite
death par instants, tant ce disque se veut haineux. Ces gars là
ne se sentent pas aimés et ils le rendent bien. «What
do you expect from me/ Will I ever be who you want me to be»,
interroge le hurleur Mark Hunter dès le début du premier
titre, Cleansation. Morceau qui peut se lire comme la relation
d’une séparation revendiquée d’avec un ex-amour...
ou d’avec la société.
Dans le livret, les six membres du groupe sont présentés
comme assurant les «lead». On a ainsi droit à
un «lead drums» ou à un «lead bass»,
alors qu’il n’y a qu’un batteur et un bassiste. Peut-être
s’agit-il de renforcer l’image de groupe soudé? Sur les photos,
c’est le concours à l’air le plus sombre. Le livret est d’ailleurs
en noir, blanc et rouge. Rouge sang, bien entendu.
Carré et violent, cet album pèche par son côté
répétitif. Vocaux, batterie, guitares fonctionnent
sur le même modèle sur la quasi totalité des
morceaux. C’est un peu la loi du genre. Mais ça n’aidera
pas le néophyte à plonger dans le bain power; il trouvera
sans doute une certaine ressemblance avec le buzzer d’un réveille-matin
après une nuit trop courte. En même temps, Chimaira
baigne d’évidence dans une mouvance métallique (pour
ne pas dire dans le cas qui nous préoccupe, «un marché
bien markété») très actuelle, celle du
plombé sauce carnivore.
Portes ouvertes
Ces types ont la haine, la rage, prennent la mort aux dents,
et c’est d’ailleurs la thématique de tous les titres. «I
hate everyone», clame le refrain de Pure hattered.
Deux morceaux sont consacrés aux envies de meurtre. Et le
minimum syndical de «fuck» est respecté.
Deux titres s’écartent de cette route tracée sans
virage. Down again, avec son intro au piano et son refrain
mélodique (le morceau est judicieusement placé au
milieu du disque) n’est pas sans rappeler le death à la suédoise
(In Flames, Dark Tranquillity, Soilwork…).
Implements of destruction, l’instrumental qui clôt
l’album, laisse enfin s’exprimer Chris Spicuzza («lead electronics»),
dont on commençait à se demander s’il ne s’était
pas enfermé dans les toilettes durant l’enregistrement. Tentant
de créer des ambiances, de développer des mélodies,
ce titre met toutefois encore en avant un sentiment d’oppression.
Etiré à l’excès (plus de 13 minutes, peut-être
bien pour pouvoir afficher une durée totale d’album approchant
l’heure), avec ses riffs qui tournent en rond et ses bidouillages
électroniques, il finit par lasser, alors qu’il semblait
ouvrir des portes vers une espèce de power-power-prog’.
Avec ce cd, agrémenté de deux plages vidéo,
les Chimaira ont prouvé qu’ils sont très en colère,
non sans efficacité. On attend maintenant qu’ils expriment
plus leur personnalité propre, et plus de diversité,
sur leur prochaine réalisation.