Björk - Vespertine
10 août 2001. Les bacs des disquaires
accueillent le nouveau single de Björk, "Hidden Place",
décliné en trois versions, deux CDs et un DVD. La
découverte des nouvelles compostions de la chanteuse islandaise
ne déçoit pas : le style diffère quelque peu
de ces précédents opus , mais le "je-ne-sais-quoi"
en plus est bien présent. Il a toutefois fallu attendre le
28 août pour connaître enfin la teneur de ce nouvel
album tant attendu, finalement appelé "Vespertine"
et non "Domestika" comme il l'était à l'origine.
Il semblerait que Björk ait chamboulé un paysage musical
bien morne.
Le titre du disque est totalement adapté à
son contenu. En effet, Vespertine signifie vêpres, mais aussi
ce qui apparaît au crépuscule. Bien que toute affiliation
avec quelque mouvement religieux que ce soit doive être écarté,
une correspondance certaine peut être établie entre
le chant liturgique et les chœurs omniprésents sur l'album.
Une grande sérénité se dégage des titres,
qu'il s'agisse du féerique "It's not up to you"
ou du sombre et envoûtant "Echo and stain". La chanteuse
apparaît plus calme, en accord avec elle-même. Son chant,
plus retenu, accorde une place prépondérante au souffle
et à la respiration, révélant une dimension
organique présente jusqu'ici à l'état
latent. Björk qualifie elle-même son nouveau-né
d'album "humble et introverti". Les chœurs, les cordes
mais aussi les choix sonores suivent ce fil directeur : sa voix,
sa respiration et même le bruit de ses pas dans la neige ont
été samplés afin de constituer le matériau
rythmique, en plus des désormais "traditionnels"
sons synthétiques.
"L'idée de Vespertine : chanter pour
que les choses existent, plutôt que de chanter à propos
des choses qui existent." Une déclaration qui mène
à penser que "Vespertine" est l'album d'une véritable
genèse musicale dans lequel Björk réinvente un
univers qui lui est propre et dont elle semble ne jamais avoir été
aussi proche. Pour arriver à ses fins, elle s'est entourée
de ses collaborateurs habituels, dont Guy Sigsworth, Marius De Vries
et Mark 'Spike' Stent. Toujours en quête de nouveauté,
elle est allée jusqu'en Californie pour dénicher ce
qui est en passe de devenir LE groupe "hype" du moment
(celui dont vont parler les bobos de France et de Navarre pour le
mois à venir), Matmos. Ces bidouilleurs de génie ont
su séduire la belle islandaise et s'accorder avec sa démarche
artistique, nous livrant des morceaux intimistes et sensibles. La
harpe de Zeena Parkins se marie à merveille avec les sonorités
relativement crues choisies par les programmeurs et vient adoucir
un climat qui serait sans sa présence, oppressant (notamment
dans "Pagan Poetry").
Le design et les visuels de l'albums sont, quant
à eux, l'œuvre de deux français répondant aux
nom de M/M [Paris]. La pochette diffère vraiment des précédentes
: Björk apparaît dans une pose lascive et sensuelle,
à demi couverte par un cygne. L'intérieur ressemble
à une toile d'araignée qui relierait les titres entre
eux. On pourra remarquer que, pour la première fois, le titre
du disque figure dessus.
Ce nouvel album apparaît donc comme une introspection,
un voyage intérieur et intime, humble et sincère.
Björk a encore une fois prouvé qu'elle pouvait faire
toujours plus, justement parce qu'elle refuse de relever des défis.
Elle se contente de composer des chansons pour elle et (qui s'en
plaindra ?) pour les autres.
Site officiel : http://www.bjork.com/unity
D'autres infos :http://www.lesinrocks.com
Damien P.