Michel Berger : Pour me comprendre
(Wea)
Voilà déjà dix ans
que Michel Berger a laissé la chanson française orpheline.
L’empreinte de l’auteur compositeur interprète restera longtemps
marquée dans les esprits, malgré sa timidité
et sa grande discrétion. A l’occasion de cet anniversaire,
une compilation qui nous propose de découvrir ou redécouvrir
ce grand nom du monde artistique français.
Né en 1947 à Neuilly sur Seine,
Michel Berger (de son vrai nom Michel-Jean Hamburger) évolue
dans un milieu aisé et imprégné de culture.
Sa mère, concertiste, l’initie rapidement au piano. Son enfance
semble donc débuter sans grandes difficultés. Néanmoins
lorsqu’il à dix ans va se produire le choc qui marquera à
jamais sa sensibilité : son père décide de
quitter le domicile familial. L’influence artistique de sa mère
s’accentue, et il commence déjà à composer
et écrire des chansons après les cours du lycée,
où il est d’ailleurs un brillant élève.
Il se présente à l’age de 15 ans
aux auditions organisées par Pathé Marconi, il est
retenu. C’est l’étincelle qui semble pouvoir lancer sa carrière.
Son premier 45 tours sortira en 1963 : « Amour et soda »
ne sera que très peu remarqué. Jusqu’en 1966, plusieurs
45 tours suivront pour certains un peu plus médiatisés
grâce à la mythique émission « Salut les
copains ». Néanmoins son succès restera modeste,
peut-être victime du fameux « Passe ton bac d’abord
»…
Sa scolarité se poursuivra jusqu’en maîtrise
de philosophie mais il travaille maintenant au sein de Pathé
Marconi en tant que responsable du secteur nouveaux talents. Sa
carrière personnelle passe quelque peu à l’ombre,
écrivant et composant pour d’autres. Sa vraie découverte
artistique sera celle de Véronique Sanson en 1966, une relation
artistique et amoureuse naîtra de cette rencontre.
C’est en 1971 que le premier album de Michel Berger
sort : « Puzzle », mais ne rencontre pas de véritable
succès. En 1972 sa collaboration avec Pathé s’achève
et il devient directeur artistique de WEA. Le premier album de Véronique
Sanson sortira donc en 1972, « Amoureuse ». Il laissera
surtout au public la chanson « Besoin de personne ».
Quelques mois plus tard, Véronique Sanson disparaît
son laisser d’explication. En réponse à cette rupture,
le second album de Michel sort en 1973 : « Cœur brisé
». Les talents d’auteur de Michel séduiront Françoise
Hardy pour qui Michel compose l’album « Message personnel
», la chanson titre restera un classique de la chanson française.
Les albums personnels de Michel ne retiennent
pas vraiment l’attention du public ? C’est en fait ses compositions
pour les autres qui lui amènent le succès. Et c’est
en 1975 qu’il va apporter son talent à une jeune chanteuse
: France Gall. « La déclaration » sera le premier
fruit de cette collaboration artistique. Collaboration artistique
qui au fil du temps va devenir également affective.
Une nouvelle œuvre magistrale va marquer la vie
de Michel Berger : « Starmania », l’opéra rock
sorti en 1978 connaîtra un succès planétaire.
Ecrit par Michel Berger et Luc Plamondon, il permettra de montrer
que le public français n’est pas hermétique au genre
des comédies musicales, si souvent définit comme américain.
Il poussera sur le devant de la scène des noms désormais
célèbres.
C’est a partir de 1980 que Michel Berger va connaître
un véritable succès personnel, L’album « Beauséjour
» comprend plusieurs tubes : « La groupie du pianiste
» ou « Quelques mots d’amour ». La même
année les chansons de France Gall connaîtront elles
aussi le succès. Michel montera pour la première fois
sur scène au cours de cette année 1980, interprétant
ses chansons personnelles et celles qu’il a écrites pour
les autres. Une tournée suivra en 1981.
De nouveaux albums apporteront aux deux artistes
de nombreux succès. Les activités de Michel Berger
se diversifient, il compose des musiques pour le cinéma tout
en continuant la scène et les tournées. Il décidera
de lancer en France plusieurs opérations à but humanitaire
: « Chanson pour l’Ethiopie » en 1985, et, avec la collaboration
de plusieurs chanteurs, l’association « Action Ecole ».
Les collaborations se poursuivent aussi avec un album pour Johnny
Hallyday.
Le dernier album personnel de Michel Berger sortira
en 1990, avec le tube « Le paradis blanc ». Au début
des années 90 sortira un nouvel opéra rock : «
La légende de Jimmy » ; ainsi que l’adaptation anglaise
de « Starmania ». C’est en juin 1992 qu’une dernière
trace sera laissée par les deux amoureux : l’album «
Double jeu » commun à France et Michel.
C’est en août 1992 qu’un point final sera
apporté à la carrière de Michel Berger. Victime
d’un arrêt cardiaque, il laisse sa famille, ses proches et
de nombreux admirateurs dans la solitude la plus extrême.
Difficile de critiquer une compilation, elle permet
comme son titre l’indique à très juste titre de pénétrer
et de comprendre l’univers de Michel Berger.
Elle permet de retrouver bien évidemment
les succès les plus grands de Michel Berger : « La
groupie du pianiste », « Chanter pour ceux qui sont
loin de chez eux » ou « Celui qui chante ». Mais
aussi les chansons plus engagées : « Mademoiselle Chang
» et « Diego, libre dans sa tête ». Mais
la liste des tubes est bien trop longue pour être exhaustive.
Mais elle permet surtout de découvrir des
extraits plus méconnus du grand public et qui pourtant méritent
tout autant de reconnaissance que les plus grands tubes. On découvrira
ainsi des chansons très courtes mais superbes : « Tout
feu tout flamme » ou « On n’est pas seul ». Mais
aussi d’autres titres permettant d’illustrer les différents
états d’esprits traversés par l’auteur tout au cours
de sa vie. Un titre inédit, « La fille au sax »,
vient s’ajouter à l’œuvre ici résumée. Personnellement,
je dirai qu’il est fidèle aux idées et aux mots de
Michel Berger, mais qu’il n’apporte rien de véritablement
« inédit ».
Bref une compilation que les admirateurs apprécieront
forcement mais qui permettra aux autres de mieux découvrir
le monde de l’un des plus grands artistes francophones du vingtième
siècle.
Merci à Wea qui a rendu
possible la rédaction de cet article…