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BALAVOINE, HOMMAGES : (album collectif)
Est-ce que Daniel BALAVOINE nous manquait
à ce point que les artistes de variété les
plus starisées du moment (en gros tous issus des Enfoirés
2000 et en pleine promo ou sortie d’album...) se sentent aujourd’hui
obligés de tenter leur chance pour raviver son oeuvre au
chaud de notre coeur ? A moins, plus simplement, qu’en les plus
hauts lieux de programmation et de production, l’on se soit aperçu
que les chansons du porte-parole de la jeunesse d’hier ne souffraient
d’aucune ride bientôt quinze ans après sa mort... En
tous les cas, “Bala” est là, au centre de l’actualité
; et l’on s’arrache les mots de la bouche pour certifier combien
on l’aimait et combien on l’aime fort encore, chanteur monumental
et inoubliable - éternel !... (cf. La soirée-télé-pub
du mois dernier, animée par Daniella Lumbroso).
Mouais... On y croirait bien, mais bon. Les
grandes radios ne l’oublient pas et diffusent ses ballades et son
rock à tue-tête, et les fans (les vrais) ne se lassent
pas de sa voix de cristal, hargneuse et tendue, sur le fil, expressive
et puissante, comme nulle autre voix aiguë du Rock masculin
ne l’a été depuis en France. Alors oui, c’est vrai,
il nous manque. Ses mots d’une sensibilité exacerbée
nous manquent, son sens de la mélodie, son phrasé
enragé nous manquent. Ses chansons magnifiques nous manquent...
Parce qu’alors qu’il commençait juste à trouver son
style et à maîtriser son langage musical (« Sauver
l’amour », en 85, est son album le plus abouti et le plus
accompli) ; alors qu’il parvenait à imposer en France un
quelque chose du punch, de la vivacité, de l’emportement
et de la rythmicité des anglo-saxons ; alors, justement,
le ciel s’est ouvert et l’a ravi pour jamais au monde d’en-bas,
peut-être appelé vers d’autres missions et prodiges
là-haut, tout là-haut. Peut-être ?...
On eût aimé voir réunis des amis
de Daniel pour cet hommage posthume, des compagnons de galère
et de joie, de lutte ou de rêve. On eût aimé,
au minimum, découvrir des textes et des mélopées
bêtement méconnues... Tant pis, nous aurons les sentiers
battus, les lieux communs, les tubes imparables, les strass et les
vedettes du jour. Tant pis... Peut-être que dans le lot de
ces rendeurs d’hommages, deux ou trois (ou même quatre ou
cinq ?) n’auront pas seulement été pressés
par leur producteur et leur directeur artistique d’apprendre hâtivement
des chansons géniales qui leur feraient un joli coup de pub.
Peut-être...
Enfin, seul compte le résultat. Et précisément,
il n’est pas terrible... A part deux / trois reprises qui se détachent
franchement de la médiocrité générale
(allez, disons cinq pour compter large...), le tout est des moins
convaincants qui soient. On dirait l’enregistrement d’un concert
gâché (sans les retours) ou d’un concours Karaoké
sur le thème Balavoine : des interprètes qui s’évertuent
à ne pas interpréter et à transformer la rythmique
des phrasés mélodiques, peut-être trop complexes
et trop rocks pour eux ?... (cf. : la reprise collégiale
des Enfoirés 2000 de « Qu’est-ce qui pourrait sauver
l’amour » nous avait déjà fait pressentir le
pire, avec la syncope gâchée du refrain, qui du coup
ne rebondissait plus du tout....) ; des arrangements sommaires,
des mix. expéditifs qui trahissent aussi bien les manques
de soin que de goût, et laissent une impression globale de
cafouillage et d’indifférence à l’égard du
rendu ; des musiciens, mollasses et lourdauds, venus seulement (pour
le cachet (?)) exécuter (et le terme n’est pas trop fort...)
leur commande, avec une visible incrédulité, malgré
quelques pointes d’éveil et d’excitations (... mais à
mauvais escient) et des lâchers de plans style virtuose mécanique
sans rapport avec la choucroute, étrangement vomis alors
qu’on commençait à peine trouver le sommeil... ; enfin,
cerise sur le gâteau, des choeurs criards et chaotiques, trop
présents, totalement détachés de l’environnement
instrumental, voguant quelque part entre ailleurs et partout...
Mais que je ne vous sabote surtout pas l’effet de
surprise ni ne vous écoeure du produit ! Après tout,
ça ou autre chose ?... Il est des jours où la variété
et son cortège de fausses vedettes vous sortent par la bouche
et par les oreilles. Pour le palmarès, écoutez vous-mêmes
; mais recevez en avant goût la liste de ces dix reprises,
uniques en leur genre : en tête d’affiche (certainement parce
qu’elle le connaissait et qu’elle avait déjà revisité
«La vie ne m’apprend rien »), Liane FOLY, « Vivre
ou survivre » ; puis, Jean-Louis AUBERT, « Le chanteur
» ; Roch VOISINE, « Je ne suis pas un héros »
(initialement écrite pour Johnny HALLYDAY) ; David HALLYDAY,
« Mon fils ma bataille » ; Stéphane EICHER, «
Tous les cris les S.O.S. » ; Florent PAGNY, « Vendeurs
de larmes » ; Hélène SEGARA, « Pour la
femme veuve qui s’éveille » ; Khaled, « L’Aziza
» ; Marc LAVOINE, « Dieu que c’est beau » et Francis
CABREL, « Petite angèle ». Au mieux, nous rachèterons
en choeur les originaux, pour voir comment ça fait quand
quelqu’un chante - pas pour de mine. Certes, les originaux sonnent
fièrement années 80 et synthés à tous
les étages. Mais entre le synthétique authentique
et l’acoustique-panique, j’avoue j’ai fait mon choix. A vous la
main libre maintenant...
Virginie.
B