Les spectacles musicaux français.
Il est venu le temps des … musicals. En effet depuis
maintenant cinq ans, chaque année nous propose de nouveaux
spectacles musicaux français. Alors qu’auparavant, ils semblaient
relégués aux rang des souvenirs de grands classiques
(Starmania, Les Misérables,…), ils occupent
aujourd’hui une place importante dans la chanson française.
Je parle bien de « spectacles musicaux » car les
mises en scène et les arrangements français ne sont
pas comparables aux grandes « comédies musicales »
qu’affiche Broadway depuis des années. Quoiqu'il en soit,
ce genre de spectacles musicaux risque d’avoir encore de nombreuses
années devant lui. Avant de découvrir les dernières
productions, revenons sur ces cinq dernières années.
Août 1998 : Luc Plamondon et Richard Cocciante
assistent aux répétitions de leur nouveau spectacle
au Palais des Congrès. Sur scène, des chanteurs encore
inconnus du public se préparent devant une salle de 4000
sièges encore vides mais pour quelques jours seulement. Au
même moment à la radio, un certain trio masculin interprète
une chanson qui deviendra un véritable tube. Quelques semaines
plus tard le spectacle se joue à guichets fermés et
fait la une de tous les journaux. Notre-Dame de Paris devient
un véritable événement musical. Pari réussi
pour les producteurs qui à l’époque ne pouvaient imaginer
un tel résultat et un tel succès populaire.
C’est pendant plus de deux ans et demi que le spectacle se produira
dans le "monde francophone" : à Paris d’abord puis
en province, en Belgique, en Suisse et au Canada. Le phénomène
est loin de s’arrêter, même après le départ
de tous les membres de la troupe initiale. De nouveaux interprètes
portent magnifiquement le flambeau jusqu’en Mars 2001.
Le succès est tel qu’en 2000, le spectacle s’exporte en
langue anglaise. De nouvelles troupes se produisent à Londres
et à Las Vegas. Esméralda commence ses voyages à
travers le monde entier.
Et après… ? Il est clair que la brèche est maintenant
ouverte : le succès est quasi assuré et le public
attend de nouveaux spectacles. Alors pour septembre 2000, les producteurs
sont prêts à tout miser sur les spectacles musicaux.
Deux spectacles connaîtront cette année le succès
: Les Dix Commandements et Roméo et Juliette.
La recette est la même car on s’inspire, sans s’en cacher,
du phénomène « Notre-Dame ». Mais les
moyens sont plus importants, le résultat se voit sur scène
avec des décors et des costumes beaucoup plus élaborés.
Pascal Obispo et Elie Chouraqui vont ainsi mettre
en musique « la plus belle histoire de tous les temps »
: celle de Moïse. Le Palais des Sports ne désemplit
pas et le spectacle se produira encore à Paris et en province
jusqu’en 2002 avec un passage d’une semaine à Bercy. Le succès
n’est pas contestable.
En même temps sur la scène du Palais des Congrès
c’est Gérard Presgurvic qui présente son adaptation
d’un grand classique : l’histoire d’un amour impossible entre deux
amants issus de deux familles que tout oppose : Roméo
et Juliette. Le spectacle se produit même pendant un temps
avec deux troupes en parallèle : une en France l’autre au
Canada. L’adaptation anglaise revient régulièrement
dans les bruits de couloirs…
Mais d’autres spectacles ne recevront pas la reconnaissance attendue.
Les 1001 vies d’Ali Baba ne feront pas parler d’elles très
longtemps malgré l’enthousiasme de Jean-Claude Camus.
Il est vrai que la couverture médiatique de ce spectacle
est restée moins importante… La même année,
un spectacle passera même quasiment inaperçu : Da
Vinci.
On attend alors de nouvelles productions pour la rentrée
2001. Mais c’est Notre-Dame de Paris qui revient à
l’affiche dans une mise en scène plus intime au Théâtre
Mogador. Encore une fois, c’est un succès. Pendant quatre
mois l’ombre de Quasimodo hantera encore les couloirs du temple
du spectacle musical. Cette nouvelle troupe partira ensuite en tournée
jusqu’à début 2003 en France, Belgique, Suisse et
même jusqu’en Chine. Parallèlement, le spectacle se
monte à Rome et à Moscou.
D’autres productions ne laisseront pas de grands souvenirs lors
de cette saison : Tristant et Yseult ou Y’a-t-il un magicien
dans la salle (qui avait l’audace de mélanger spectacle
musical et spectacle de magie). Début 2002, c’est François
Valery qui squatte les planches du Théâtre Mogador
avec L’ombre d’un géant (l’histoire d’un chanteur
porté disparu qui refait surface dans un piano-bar où
se jouent toutes les magouilles du show-business). Le succès
reste très mitigé mais un retour était annoncé
quelques mois plus tard. On attend toujours…
C’est en septembre 2002 que de nouveaux grands spectacles feront
parler d’eux. Ils annoncent même un sacré duel. D’un
côté Luc Plamondon et son nouveau projet aux
côtés de Romano Musumarra : Cindy, adaptation
moderne du compte mondialement connu de Cendrillon. Et de l’autre
côté, Richard Cocciante et Elisabeth Anaïs
pour une adaptation très fidèle et respectueuse de
l’œuvre de Saint Exupery : Le Petit Prince.
Cindy ne trouvera pas son public (la salle du Palais des
Congrès est à moitié vide après une
semaine de représentation). L’adaptation était peut-être
un peu trop moderne et pas encore véritablement achevée.
Pas de tournée pour l’instant, même si un retour est
annoncé. Peut-être avec une version plus mûrie…
C’est le Casino de Paris qui accueille Le Petit Prince.
La salle d’une capacité inférieure semble parfaite
pour ce spectacle qui se transforme vite en rêve d’une durée
de deux heures. On peut parler d’un véritable succès
malgré une couverture médiatique plus discrète.
Après des prolongations, un retour est prévu à
Paris pour 2004.
Philippe Chatel proposait au théâtre Mogador
le retour de son conte musical : Emilie Jolie. La nouvelle
mise en scène a encore attiré de nombreux spectateurs.
Depuis ces cinq dernières années la recette ne
s’est donc jamais usée. Un premier single sort et permet
de présenter le spectacle au public. D’autres extraits suivront
pour promouvoir un peu plus ou vendre si le succès pointe
déjà. C’est ensuite l’album qui arrive alors dans
les bacs avec… un bulletin de réservation pour le spectacle
! Les ventes se font donc sur un album qui présente quelques
chansons bien avant que le spectacle ne soit prêt… Un matraquage
médiatique quelques mois avant et pendant le spectacle se
met en place pour assurer les ventes. Puis, quelques mois après
le début des représentations, on trouvera une version
live et une vidéo du spectacle. Le résultat diffère
parfois : succès incontestable ou arrêt anticipé
!
Certains reprocheront sûrement un côté trop
commercial à cet élan artistique. Et ils ont sans
doute raison ! Mais le monde de la musique n’est il pas devenu tout
entier commercial ? Alors pourquoi ne pas simplement aller chercher
ce qui est bon dans chaque spectacle ? Ce qui peut parfois être
une mise en scène, des décors, un artiste en particulier
ou dans le meilleur des cas l’ensemble su spectacle.
Cette année, trois grands spectacles sont annoncés
: Autant en emporte le vent (qui signe le retour de Gérard
Presgurvic), les Demoiselles de Rochefort (nouvelle adaptation
de Michel Legrand) et Tintin et le temple su soleil
(qui débarque en France après son succès en
Belgique). Nous saurons dans quelques mois le résultat de
ces nouvelles productions.
Mais on peut déjà affirmer sans grande peur de
se tromper que le spectacle musical français à encore
de belles heures devant lui. On parle déjà de Gladiateur,
de Belles belles belles…